L'Etat italien se dote des moyens de contrôler l'avenir de Parmalat

LEMONDE.FR | 23.12.03 | 19h08    MIS A JOUR LE 23.12.03 | 19h54

Le gouvernement italien a également annoncé qu'il demanderait à la Commission européenne de reconnaître un statut de crise à son industrie laitière en raison des retombées du scandale.

L'Etat italien n'aura pas tardé à voler au secours de Parmalat. Le gouvernement a approuvé, mardi 23 décembre, un décret-loi contenant des mesures d'urgence sur la restructuration des grandes entreprises en état d'insolvabilité, a annoncé le ministre de l'industrie, Antonio Marzano. Ce décret-loi, qui s'appliquera bien sûr au groupe agroalimentaire plongé dans la crise après la découverte d'un gouffre comptable, contient "des mesures urgentes pour la restructuration industrielle des grandes entreprises en état d'insolvabilité", selon le ministre.

Le décret concernera les "grandes entreprises, avec au moins 1 000 salariés et un endettement d'au moins 1 milliard d'euros", a précisé le ministre, en expliquant que le décret a pour objectif "de sauvegarder les emplois, et pas les actionnaires ou les gestionnaires".

La procédure est "complètement nouvelle" et répond à l'exigence "d'agir avec immédiateté et rapidité", a expliqué M. Marzano. L'entreprise devra déposer sa demande au ministère de l'industrie, qui, s'il l'estime fondée, pourra "décider immédiatement l'administration extraordinaire et la nomination d'un commissaire ayant immédiatement les pouvoirs".

Ce commissaire élaborera un plan de restructuration, qui devra être approuvé par le ministère. Au cours de l'application du plan de restructuration, le commissaire pourra évaluer l'opportunité d'éventuelles cessions, mais celles-ci devront également être approuvées par le ministère. "L'important est que, dans l'ensemble, il s'agisse d'une opération de restructuration pouvant inclure des cessions, et non pas d'une opération de cessions", a déclaré le ministre.

Il a souligné que la nouvelle procédure devait permettre d'"assurer la continuité de la gestion" et de sauvegarder "la vitalité de l'entreprise, son italianité, et aussi ses fournisseurs".

DEMANDE D'UN STATUT DE CRISE POUR L'INDUSTRIE LAITIÈRE

Ce "commissaire" sera Enrico Bondi, 69 ans, a précisé mardi soir le ministre de l'agriculture, Gianni Alemmano. Spécialiste des missions de redressement difficiles, M. Bondi, est déjà aux commandes du groupe spécialisé dans la commercialisation du lait longue conservation dans le monde entier. Il avait rencontré lundi soir M. Marzano pour lui exposer la situation de Parmalat.

Sa nomination sera effective mercredi et il sera placé sous la tutelle du ministère qui devra approuver son plan de redressement et les éventuelles cessions. L'objectif de ces mesures est d'éviter la faillite du groupe. Parmalat, basé à Collecchio, près de Parme, emploie 36 000 personnes dans 30 pays, dont près de 4 000 en Italie.

Parmalat, qui a révélé la semaine dernière un trou de quatre milliards d'euros dans ses comptes, envisage diverses formes de mise sous tutelle qui pourraient lui assurer jusqu'à deux années de protection face à ses créanciers.

Toutefois, la Commission européenne a demandé au gouvernement italien des informations sur ce décret-loi. "Nous invitons le gouvernement (italien) à engager le dialogue avec nous", a déclaré Tilman Lüder, porte-parole du commissaire européen à la concurrence, Mario Monti.

En outre, selon une source gouvernementale, Rome entreprendrait prochainement une étude détaillée de ses organismes de surveillance financière à la suite du scandale. L'idée se répand que le ministre de l'économie, Giulio Tremonti, préconisera une refonte rapide du système de tutelle mais, selon cette source, tout changement ne pourra être décidé qu'à l'issue de cette étude.

Le gouvernement italien a également annoncé qu'il demanderait à la Commission européenne de reconnaître un statut de crise à son industrie laitière en raison des retombées du scandale Parmalat. Dans un communiqué, Rome ajoute que l'Italie demandera à Bruxelles une dérogation spéciale au droit européen relatif aux aides publiques pour pouvoir soutenir son secteur laitier.

Selon la Confagricultura, les exploitants travaillant avec Parmalat "n'ont pas été réglés depuis 140 jours et sont confrontés à des problèmes de liquidité les contraignant à souscrire des crédits".

La Commission européenne a réagi en faisant savoir qu'elle demanderait des éclaircissements à Rome par courrier. "La lettre sera expédiée aujourd'hui", a assuré le porte-parole Thorsten Münch.

Avec AFP et Reuters


Un trou probable de sept milliards d'euros

La justice estime désormais le trou dans les comptes du groupe agroalimentaire italien Parmalat à 7 milliards d'euros, ont affirmé mardi les agences de presse italiennes ANSA et Radiocor, citant des indiscrétions judiciaires. L'ancien directeur financier de Parmalat, Fausto Tonna, interrogé dans les locaux du tribunal de Milan, aurait indiqué que Parmalat n'a jamais racheté ses propres obligations pour un total de 2,9 milliards d'euros, a précisé Radiocor. La détention de ce montant, sous la forme de titres obligataires Parmalat, est cependant mentionnée dans les bilans de la société. Ce nouveau trou s'ajouterait aux 3,95 milliards d'euros manquant à l'appel depuis vendredi. Parmalat avait annoncé que la banque américaine Bank of America rejetait l'authenticité du document attestant de l'existence de la somme. Le trou de Parmalat estimé par les enquêteurs du parquet de Milan avoisine donc les 7 milliards d'euros, sur la base des vérifications faites jusqu'à aujourd'hui, a également indiqué ANSA. Ces cinq dernières années, le groupe Parmalat a multiplié les émissions d'obligations avant de connaître des problèmes, et dans certains cas, le groupe a lui-même acheté les titres dans le cadre de transactions normalement pratiquées pour obtenir des avantages soit fiscaux, soit financiers. - (AFP.)

 

Le Monde 23.12.2003

 

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