Parmalat - L'onde de choc pourrait bousculer des grandes banques nationales mais aussi étrangères

LE MONDE | 22.12.03 | 13h45

Capitalia, principal créancier de Parmalat, est en première ligne. Bank of America et Citigroup avaient élaboré les montages dans des paradis fiscaux.

Milan correspondance

Considéré par certains observateurs comme le banquier le plus puissant d'Italie, Cesare Geronzi, président de la banque romaine Capitalia (née de l'intégration entre la Banca di Roma et la Bipop), est aujourd'hui dans une position inconfortable. Sa banque est dans l'œil du cyclone dans l'affaire Parmalat, comme dans celle de la faillite du groupe agroalimentaire Cirio en 2002. Le coup est rude pour ce proche d'Antonio Fazio - le gouverneur de la banque d'Italie, aujourd'hui sur la sellette -, qui était considéré, depuis la disparition d'Enrico Cuccia, le mythique patron de Mediobanca, comme l'homme fort de la finance italienne. M. Geronzi était depuis plusieurs années l'un des banquiers de confiance de Calisto Tanzi, patron de Parmalat jusqu'à la semaine dernière. Des liens réciproques : M. Tanzi était entré, en avril 2001, au conseil d'administration de Capitalia, et Parmalat avait pris une participation de 1,5 % au capital du Mediocredito Centrale, la banque d'affaires du groupe Capitalia.

La banque romaine semble aujourd'hui l'établissement de crédit le plus exposé envers Parmalat, avec des crédits pour 362 millions d'euros, et, de fait, c'est celui qui a été le plus pénalisé en Bourse, vendredi 19 décembre, chutant de 4,6 %. M. Geronzi est en plus mauvaise posture encore dans l'affaire Cirio : voici deux semaines, la nouvelle de sa mise en cause dans l'enquête judiciaire liée à la faillite de l'autre groupe agroalimentaire a provoqué un choc considérable dans les milieux bancaires.

L'hypothèse des magistrats est que Cirio ait procédé à une "banqueroute préférentielle", à savoir que le groupe, sur le point de faire faillite, aurait favorisé certains de ses créanciers — Capitalia en l'occurrence — au détriment d'autres. Le patron de Capitalia, tout en affirmant avoir la conscience tranquille, a laissé entendre au quotidien La Repubblica qu'on ne le touchait que pour mieux atteindre la vraie cible, le gouverneur de la banque centrale italienne, faisant allusion à la guerre ouverte menée par le ministre de l'économie, Giulio Tremonti, à l'encontre de M. Fazio. N'empêche : M. Geronzi entretenait de solides liens avec Sergio Cragnotti, le très contesté patron de Cirio, dont il a accompagné l'ascension durant une décennie, tout comme il le fit avec Cesare Tanzi. Pour l'anecdote, la presse italienne a fait ses choux gras de l'amitié entre les héritiers de ces trois personnages : les fils Geronzi, Tanzi et Cragnotti ont en effet créé une société, Gea World, pour gérer des contrats de joueurs de football.

Dans l'affaire Parmalat, l'onde de choc est loin de se cantonner à la seule Capitalia. Toutes les grandes banques italiennes ont prêté de l'argent au groupe laitier. Banca Intesa a déclaré, vendredi, une exposition de 360 millions d'euros. Les autres banques n'ont pas clarifié leurs positions mais, suivant des estimations de la presse, Sanpaolo IMI serait exposée pour 300 millions d'euros, MPS pour 125 millions, la BNL pour 160 millions... En outre, plusieurs filiales de grandes banques ont prêté main forte au groupe de Parme dans ses émissions obligataires. Sans chercher à comprendre pourquoi un groupe qui affichait dans ses bilans d'importantes liquidités (plus de 4 milliards d'euros au 30 septembre dernier) continuait à émettre autant d'obligations.

La question des banques étrangères est plus complexe. Parmalat n'était pas endettée à leur égard. En revanche, certains des plus importants établissements mondiaux, Bank of America, Citigroup et UBS en tête, ont contribué à la fois aux émissions obligataires et au montage d'instruments financiers sophistiqués dans des paradis fiscaux, qui pouvaient ainsi échapper à la surveillance de la banque centrale italienne - ceux qui sont aujourd'hui mis en cause.

Cerise sur le gateau : Citigroup avait une "association de participations" avec une société offshore de Parmalat, Geslat, pour réaliser en commun des financements aux filiales du groupe. Le véhicule financier ad hoc créé par Citigroup s'appelait Buconero, littéralement "trou noir" en italien. Les petits actionnaires et porteurs d'obligations de Parmalat apprécieront l'humour.

Marie-Noëlle Terrisse

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.12.03 Le Monde

 

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